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Rats : 1,60 € par logement chez NMH, et la Ville de Nantes qui regarde ailleurs

août 29, 2026

29 août 2026 · Logement, Salubrité

Quarante mille euros par an. Le chiffre a de l’allure quand on le lâche dans un communiqué. C’est le budget que Nantes Métropole Habitat consacre à la lutte contre les rongeurs dans son parc. Quarante mille euros, ça sonne sérieux. Ça sonne comme un bailleur qui prend le problème à bras-le-corps.

Sauf qu’un budget ne veut rien dire tant qu’on ne l’a pas divisé.

Le calcul que personne n'a fait

Nantes Métropole Habitat gère environ 25 000 logements. Posez la division : 1,60 € par logement et par an. À peine plus qu’une baguette de pain. C’est le montant que le premier bailleur social de la métropole estime nécessaire pour qu’un enfant ne croise pas un rat dans sa cage d’escalier.

Un euro soixante. Par an. Par foyer.

Ce n’est pas un budget de lutte, c’est un budget de communication. De quoi pouvoir écrire « nous agissons » dans une réponse à un courrier de locataire, et passer à autre chose.

Ce qu'on trouve quand on frappe aux portes

Nous, on n’a pas commenté depuis un bureau. Pendant des mois, on a sonné aux portes du Clos Toreau, immeuble par immeuble, et on a écouté.

Huit foyers sur dix déclarent au moins un problème dans leur logement. Un sur trois signale des nuisibles : cafards, punaises, rongeurs. Quand on demande aux habitants d’évaluer ce qu’ils vivent, la moyenne tombe à 6,8 sur 10. Six virgule huit. Sur une échelle où dix, c’est insupportable.

Un locataire de rez-de-chaussée nous a raconté un rat sorti des canalisations, dans sa salle de bain. Pas dans la cour. Pas dans un local poubelle. Dans sa salle de bain.

Il paie un loyer tous les mois. Sans retard.

L'étiquette qui en dit long

La dératisation, NMH ne la fait pas lui-même : elle est sous-traitée à SAPIAN. Le produit utilisé s’appelle la difféthialone. C’est un anticoagulant puissant, réservé à un usage professionnel — l’animal qui en mange meurt d’hémorragie interne.

Lisez l’étiquette : elle mentionne les risques pour les enfants et les animaux domestiques. Puis regardez où sont posées les boîtes dans les parties communes. Régulièrement à hauteur d’enfant.

Voilà le niveau de soin. On externalise, on pose, on ne revient pas voir.

L'étiquette de la boîte de poison, à hauteur d'enfant
L'étiquette de la boîte de poison, à hauteur d'enfant

Ces boîtes au pied des immeubles, elles sont à la charge de qui ?

C’est la question qu’on nous pose le plus souvent en porte-à-porte. Des locataires croient que c’est à eux de payer. Certains ont acheté des pièges de leur poche.

Alors disons-le clairement, parce que le texte est limpide.

Le règlement sanitaire départemental, article 125.1 : « Les propriétaires ou leurs représentants doivent prendre toutes mesures pour éviter l’introduction des rongeurs dans les immeubles et locaux et pour assurer, en permanence, la destruction de ces animaux et de leurs refuges. »

Les propriétaires. Pas les occupants. Et notez le mot : en permanence. Pas une campagne quand ça déborde, pas une visite quand un courrier arrive — en permanence.

Sur le terrain de NMH, dans les halls de NMH, au pied des immeubles de NMH : c’est NMH. Un locataire qui sort son portefeuille pour un piège paie deux fois — son loyer, puis l’obligation de son bailleur.

Et la Ville de Nantes, elle fait quoi ?

Parce qu’il y a un deuxième responsable, et on l’oublie toujours.

Un rat ne s’arrête pas à la limite de propriété. Il vit dans les égouts, traverse les pelouses, les squares, les pieds d’arbres, les locaux à poubelles, les abords — des espaces qui, pour partie, ne sont pas ceux du bailleur mais ceux de la collectivité. Le code général des collectivités territoriales, article L.2212-2, confie au maire l’ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Ce n’est pas une option, c’est un pouvoir de police.

Traiter un immeuble sans traiter ses abords, c’est vider une baignoire sans fermer le robinet. Les rats reviennent. Ils reviennent toujours.

Pendant toute la durée de notre enquête au Clos Toreau, nous n’avons constaté aucune intervention de la Ville. Pas de campagne annoncée, pas d’agent croisé, pas d’information aux habitants. Nous n’avons trouvé non plus aucun budget municipal public consacré à la dératisation de l’espace public.

Peut-être existe-t-il. Alors qu’on nous le montre. C’est précisément l’objet de la question qu’on pose.

Ce qu'on exige — de NMH

  • La transparence. Quels produits, à quelles doses, à quelle fréquence, dans quels immeubles. Un locataire a le droit de savoir ce qui est posé sur son palier.
  • Les réparations. Les pompes, les canalisations, les vides sanitaires. Tant que le bâti fuit, le poison ne sert qu’à faire semblant.
  • La sortie du tout-toxique. Des méthodes qui ne mettent pas un anticoagulant à portée de main d’un gamin de six ans.

Ce qu'on exige — de la Ville de Nantes

  • Le budget. Combien la Ville consacre-t-elle par an à la dératisation de l’espace public, et selon quel plan ? Le chiffre, ou l’aveu qu’il n’y en a pas.
  • Un traitement coordonné. Le bailleur d’un côté, la voirie et les égouts de l’autre, en même temps, sur le même périmètre. Sinon on paie deux fois pour un résultat nul.
  • L’usage du pouvoir de police. L’article L.2212-2 permet au maire de mettre en demeure un propriétaire défaillant. Il a été utilisé combien de fois à l’encontre de Nantes Métropole Habitat ? La réponse nous intéresse.

Et ce ne sont pas que les rats

Sortons le reste du sac. Notre enquête documente aussi les coupures d’eau chaude : 100 % des immeubles enquêtés sont touchés, au moins quatre fois par an, pour un cumul de plus de dix jours sans eau chaude.

Dix jours. Un habitant qui vit là depuis dix-sept ans nous a dit qu’il ne les comptait plus.

C’est ça, le vrai sujet. Les rats ne sont pas une fatalité biologique, ils sont le symptôme d’un bâti qu’on n’entretient plus et d’abords qu’on ne traite pas : canalisations percées, vides sanitaires ouverts, pompes en panne. On ne traite pas la cause, on pose des boîtes de poison. Et on appelle ça une politique.

Accès béant au vide sanitaire
Accès béant au vide sanitaire
Vide sanitaire inondé sous l'immeuble
Vide sanitaire inondé sous l'immeuble
Interstice le long du soubassement
Interstice le long du soubassement
Tranchée de chantier laissée ouverte
Tranchée de chantier laissée ouverte
L'eau qui affleure par les joints des dalles
On marche sur la dalle : l'eau remonte

On a déjà gagné des choses

Ce texte n’est pas une plainte. C’est un rapport d’étape.

Le groupe d’action a déjà obtenu des relogements, des travaux réalisés, des dossiers pris en charge qui traînaient depuis des années. À chaque fois, la même méthode : documenter, ne rien lâcher, être plusieurs.

Un locataire seul qui écrit à son bailleur reçoit une lettre-type. Quarante locataires qui écrivent la même chose le même mois, c’est un problème politique.

Vous habitez le quartier ? Le questionnaire prend cinq minutes et il est confidentiel. Plus on est nombreux à documenter, moins il est possible de nous répondre que c’est un cas isolé.

👉 Remplir le questionnaire · 👉 Rejoindre le groupe d’action

Un euro soixante par logement et par an, ce n’est pas un manque de moyens. C’est un choix. Une Ville qui laisse faire, c’en est un autre. Et un choix, ça se combat.

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